A trop peindre la terre j’ai finis par tomber dedans.
Un jour de mauvais temps, pieds nu, j’ai glissé sur la glaise humide et douce. Mes pieds ont creusé deux longues et belles crevasses sur la terre sombre.
En essayant de me relever, mes doigts ont tracés des sillons. Les paumes de mes mains ont imprimées par endroit une surface lisse.
La terre avait gravé ma chute et mes tentatives maladroites pour me relever.
Tout y était.
Les crevasses, les vallées, les sillons, de plus hautes montagnes, de l’eau qui remontait à la surface et formait des étangs.
Je me suis assise et avec un peu de terre dans la main j’ai fait une boulette, j’ai fait un boudin.
J’ai fait un bol, j’ai fait un oiseau ou peut être un chien.
Et si je peins toujours la terre, je la modèle aussi. Allant de l’un à l’autre et de l’autre à l’un tel un papillon qui se grise de soleil, de pluie et de couleurs.

J’ai foulé du pied
J’ai foulé du pied mes paysages, lentement j’ai suivi les chemins
à travers les collines.
J’ai franchi des ruisseaux,
Caressé la pierre,
Gratté l’écorce des arbres,
humé l’air du temps,
embrassé le ciel.
J’ai laissé mes empreintes dans la terre.
A grand coup de pinceau, sauvagement, courbée en deux à même le sol,
j’ai travaillé mes grands papiers.
Je les ai piétinés, déchirés, maltraités.
Brossés et caressés.
Mon seau à eau s’est renversé.
De rage j’ai frotté, essuyé.
Un changement d’humeur m’a fait chercher une autre couleur,
une autre lumière.
Le papier colle, se froisse. Sèche.
Des mains je m’essuie le front.
Et me voilà toute barbouillée.
La terre salit à qui veut bien la toucher.
J’ai pris un peu d’eau dans le creux de ma main.
J’ai frotté mon visage.
L’eau était douce et froide.
Je me suis assise à l’ombre des pins à même la terre.
Au loin quelques abris, cabanes, citadelle d’un autre temps.
Je me suis assoupie en pensant à la sueur des hommes,
à leurs mains calleuses, noircies par la terre, rongées par le sel.
Au loin la mer.
Je ne vois personne.
Sans doute l’heure de la sieste.
J’irai me baigner un peu plus tard.
Inés Castilla


Aux origines de ma peinture
En 2004, j’écrivais ce texte pour une exposition. J’y parlais déjà de paysages, d’îles, de maisons, d’enfance et de ce besoin d’ailleurs qui traverse encore mon travail aujourd’hui.