Les paysages me procurent une émotion profonde. Ceux qui me touchent le plus sont ceux où le regard peut se porter au loin.

J’aime les montagnes rocheuses, les pentes escarpées, les roches apparentes dont on devine les fissures, les crevasses, les grottes. Mais j’aime aussi les vallons tendres et arrondis, où les terres se succèdent et se côtoient en une succession de teintes, de matières et de couleurs. Je suis sensible au jaune des blés mûrs, à celui de l’herbe desséchée par le soleil, aux roches qui affleurent ici et là, comme des îles de terre sur la terre.

Les îles m’attirent depuis toujours, surtout les petites, celles dont on peut faire le tour à pied en suivant le bord de l’eau.

Ces paysages me ramènent aux rêveries de mon enfance. Enfant, j’ai souvent marché seule dans des lieux qui me faisaient rêver. Je m’imaginais vivre là, loin de tout. Je m’allongeais dans des cavités rocheuses, je me cachais dans les replis de la terre. Perchée sur un rocher au milieu d’une flaque d’eau, je pouvais m’imaginer vivre sur une île. Je me voyais Robinson. Je me sentais libre.

Mon enfance a été une longue succession de rêveries, de fuites et de recherches d’un ailleurs que je retrouve aujourd’hui dans le paysage.

Je ne fuis plus, mais j’ai gardé ce besoin d’être en mouvement : arpenter la terre, suivre les ruisseaux, escalader les roches, sentir le soleil sur ma peau et le vent. Je suis une femme du soleil, mais j’aime aussi la brume, le crachin, la pluie qui tambourine sur le toit d’un abri.

Ma peinture est le reflet de ces sensations et de ces rêves d’enfant. J’y retrouve cette envie de partir à l’aventure sur des terres inconnues et d’y chercher un refuge : une cabane, un ermitage, un fortin, une construction de passage, posée quelque part au milieu d’un paysage immense. Une cabane rien que pour moi. Mon refuge.

Dans ma céramique, je cherche autre chose, mais qui appartient au même monde : les traces du temps sur les murs. Les couches de chaux qui ont arrondi les pierres, les façades qui se fissurent, les couleurs anciennes qui réapparaissent sous d’autres couleurs, les matières usées et transformées. Ces murs portent aussi la trace de ceux qui les ont construits, habités, réparés, puis parfois abandonnés.

J’ai une fascination particulière pour les villages abandonnés et les habitations isolées. Je me demande toujours : qui a vécu ici ? Comment vivait-on dans cette maison, dans ce hameau, loin de tout? Qu’est-ce que ces lieux gardent de ceux qui les ont habités ?

Ma peinture et ma céramique parlent sans doute de solitude. Mais d’une solitude riche, faite de contemplation, de calme et d’espace. Une solitude qui n’est pas triste. C’est une solitude nourrie d’amour.

Il y a pour moi quelque chose de précieux dans le fait de pouvoir être seule et de se sentir pleinement là, en accord avec soi-même.

Peut-être faut-il savoir habiter sa propre solitude pour pouvoir ensuite s’approcher des autres sans attente, simplement heureux de leur présence, et partager ce bonheur en espérant qu’il soit contagieux.

C’est aussi ce vers quoi je tends avec mon travail.

Créer des paysages que l’on ne regarde pas seulement, mais dans lesquels on a envie de pénétrer.

Des lieux où chacun puisse, à son tour, partir un peu ailleurs.

J’ai envie de donner à rêver.